Dimanche 24 février 2008
7
24
/02
/Fév
/2008
14:20
Après une bonne semaine de maladie intense (intense intense, pas de l'intense à l'eau tiède avec un nuage de lait), je reviens à la vie, piano piano. J'ai retrouvé le
plaisir de tousser dehors, dans un bain humain rempli de gens odieux et impolis. Et aussi celui de sourire comme une bêta (et non du bétail ! attention, c'est très différent) devant l'ennui du
métro-boulot-dodo.
Et, accessoirement, j'ai retrouvé le courage de répondre à ma téléphone. Ou, disons plutôt que j'ai retrouvé une prononciation plus ou moins audible du genre humain, parce que, dernièrement,
seuls les canards et autres volailles nasales auraient pu capter le sens de mes paroles.
Alors, j'ai reçu un appel de détresse. Un SOS jeté dans les ondes (et non les vagues). La question métaphysique du jour était axée autour de, justement, ce foutu physique qui nous encombre et
enchante à la fois :
"Alors, en fin de compte, c'est quoi exactement, être à la mode ?"
Voici l'énigme posée par la victime du monde fashion qui m'appelait. Je ne sais pas pourquoi elle a pensé que j'aurais pu y répondre, car je suis moi-même souvent peu conforme aux critères
esthétiques "du moment".
Néanmoins, comme l'a dit quelqu'un que je connais : "cette histoire me turlupine".
Patte de lapin a donc réfléchi.
Patte de lapin ne prétend pas détenir la réponse mais un débroussaillement grossier est envisageable.
Être à la mode. Une expression typiquement français. La langue anglaise, ainsi qu'en fait moult autres, préfère un adjectif qualificatif (to be fashionable).
Et alors ? Alors, cela veut dire qu'être à la mode, ce n'est pas nécessairement une histoire universelle simple comme tout. Ce n'est pas un petit conte qui a une morale. C'est tout différent.
Connaissez-vous la différence entre le style romanesque et la majorité des autres styles littéraires (la comédie, le tragique, etc.) ? C'est l'histoire en elle-même. Alors que de nombreux genres
ont recours à un seul point de vue et vous font une narration avec une ligne directrice unique, le roman ne peut s'en tenir à cela. D'ailleurs, c'est bien pourquoi le roman ne commence quasi
jamais par un début in medias res. Il faut tisser une toile complexe, de détails dans laquelle il faudra trouver une façon de rendre pensable et acceptable l'insertion de divers points de vue.
Ainsi, dans Les Liaisons Dangereuses, c'est l'utilisation des lettres qui permet de façon tout à fait réaliste de raconter les faits d'après le vécu et les pensées du Vicomte de Valmont ainsi que
d'après la Présidente de Tourvel...
En ce qui concerne la mode, c'est une façon de procéder identique : divers points de vue mais personne ne s'est préoccupé de trouver une technique pour incorporer ceux-ci en une seule ligne
directrice...
One.
Nul besoin de s'inquiéter des défilés de mode, de se demander comment on va faire pour se passionner afin de pouvoir avaler des heures de mannequins qui marchent en diverses tenues. Non, être à
la mode, ce n'est pas une question de compilation d'éléments de looks. Tout d'abord, parce qu'il existe d'un point de vue mondial (après tout, ce sont des multinationales qui nous habillent et
les médias actuels vont loin au-delà de nos limites frontalières) différentes scènes de la grande mode. Paris, Londres, New York et Milan. Et ces capitales qui règnent sur la mode ne sont pas
arbitraires et échangeablesLondres rime avec innovation, audace et touche d'excentricité. Pour créer un buzz autour de soi en tant que styliste, c'est the place to be. New York, va pour
le côté plus facilement portable, plus relax et très "j'attire-un-max-d'investistisseurs". Milan égal vêtements non seulement beaux mais excellement bien éxécutés : de la reconnaissance dans le
métier. Paris ? Chic, raffiné et classe. Haute Couture par excellence. C'est le dernier obstacle à franchir pour être un it dans ce monde particulier.
Autant vous dire que les collections présentées à New York n'ont pas pas beaucoup en commun avec celles de Paris, par exemple. Les palettes de couleurs ou matières à travailler suivent, et
encore... On voit plus souvent de grandes différences que des lieux communs. Alors à quels catwalks se fier pour savoir ce qui est in ?
Two.
Merci les grandes chaînes de boutiques d'habits comme Zara, H&M, Gap, etc. Ou encore les marques de prêt-à-porter qui ont des stratégies internationales très étudiées (Marc by Marc Jacobs,
Tommy Hilfiger, Miu Miu, etc.). Et puis il y a aussi les médias fashion qui se sont installés dans tous les grands pays du monde (Elle, Vogue, Glamour, etc. pas seulement en version papier :
aussi sur le net désormais). Grâce à ces différents acteurs, la mode est véhiculée et méticuleusement retravaillée pour le grand public. Sans eux, bye bye le veston bleu nuit qu'on portera toutes
cet été (d'après Chanel, Bruno Pieters et autres). Ou encore les grandes robes longues (une maxi-dress, mesdames) à imprimé floral (merci D&G et Stella McCartney parmi d'autres). Les
défilés sont soigneusement analysés et on opère une extraction.
Les spartiates l'été dernier (ne les mettez pas encore sur Ebay : si elles sont blanches ou argentées, elles sont tout à fait recyclables cette année). Le sac à main oversized. Le slim et le
skinny (les deux meilleures extractions et extrapolations de ces dernières années dans le business : des marques sont nées à partir de cette seule coupe tel que Superfine ou Cheap Monday).
Bref, des milliers de gens travaillent quotidiennement à donner forme à des tendances à partir de toutes ces créations qui ne cessent de voir jour dans le monde entier.
Alors, de quelle tendance être ?
Three.
Une tendance, c'est à la mode ? C'est à la mode quand exactement ? Et qu'en est-il d'être hype ?
Beaucoup de mots, peu de véritables sphères différentes.
Pour résumer ce dont d'autres vont blablater au fil d'articles voire même de livres entiers, voici ce qu'il faut savoir.
On est hype quand on se plie à une tendance quand elle vient seulement d'être décrétée. Un exemple pour illustrer cela : Kate Moss. Elle ne cesse de porter des choses sur le point de
devenir énormissimes dans les années à venir. Prenez le fameux skinny : elle en portait il y a des années de cela et à l'époque, la majorité des femmes qui se disaient in et traînaient sur des
forums de mode en rigolaient bien en disant que jamais elles ne cèderaient (les fashionistas pures et dures qui s'habillent dans le triangles de Bermudes : Zara - les marques de créateurs de leur
pays [Comptoir des Cotonniers, Paul & Joe, Manoush, Ba&Sh, etc. pour la France] - et VPC [La Redoute, Vente-Privee.com, Yoox, etc.] se prennent pour de véritables guerrières, faites
attention à ce que vous leur dites et ce qu'elles vous disent). Mais qu'en est-il maintenant ? Tout le monde a du slim à en vêtir des troupes entières dans ses placards, y compris les hommes.
Est-ce encore tendance ?
Il faut donc savoir qu'être hype, c'est souvent à titre rétroactif. On peut se tromper parfois. Je ne dirais pas que la taille haute est une erreur car, à la surprise générale, certaines marques
continuent à y croire et mettent sur le marché des habits taille haute en espérant que cette saison-ci, la tendance décollera enfin. On y est pas encore... Toujours pas de high waists dans les
défilés Automne-Hiver 2008. Je parie que 2009 sera son année. Mais parfois, on se loupe complètement. Si ! Et on aura juste commis une erreur aux yeux de certains, une affirmation individuelle
forte (to make a fashion statement, comme on dirait Outre-Manche) pour d'autres. Il faut savoir oser et prendre le risque si on se veut aventurier de la mode...
On dira de nous qu'on était hype, si et seulement quand la tendance finit par envahir les rayons de ces magasins à prix abordables. La gloire, enfin !
Et la tendance est reconnue par le fait que vous voyez le look ou l'élément porté par au moins deux autres personnes dans une rue piétonnière. Au-delà de cinq, on en est une vraie tendance. Dès
dix, inquiétez-vous ou riez-en... C'est déjà old. Has been, même.
Four and Final.
Alors comment jongler ? Sauter sur Vogue, surtout quand ils offrent un supplément "Défilés", c'est la tactique que je conseille à toutes les passionnées de la mode qui ne peuvent s'offrir le luxe
des lookbooks hypercher (170€ le book de qualité, environ, gloups, ça fait une veste chez Tara Jarmon).
Oser sans faire dans l'excentricité.
Avoir de la cohérence et un sens de style total. Ne jamais céder à des idées loufoques qui ont l'air de rien : on fait attention aux proportions et au jeu de volume de la tenue, on mélange ce qui
a du goût et pas des choses horriblement inacceptables ensemble. Et tenir un fond de placard propre à soi. Personnellement, j'aime les leggins et les jambières. J'en ai toujours. Attention : je
ne les porte pas chaque saison mais je les utilise comme élément d'identité personnelle. Il en va de même pour le fait que chaque tenue chez moi a quelque chose en cuir. Je ne sors jamais sans
une touche de cuir. C'est un peu l'équivalent des boîtes de conserve et des pâtes qu'on a toujours : c'est du dépannage mais pas seulement...
Et en bonne française, j'ai les cheveux toujours propres mais un peu sauvages et très souvent libres à l'air (un grand reproche que nous font les Américaines ultrabrushées lorsqu'elles
envahissent notre capitale à l'occasion des défilés de la Paris Fashion Week).
Alors à vous. C'est un monopoly au nombre de tours indéterminés. Pas de case prison. A vous de voir si vous misez sur la Place Vendôme ou vous contenterez de revendre et racheter sans cesse, de
vider votre caisse ou de vous avouer vaincu(e) dès le premier pépin.
Pré-tendance (sans jamais savoir si on l'est vraiment car qui sait si ce sera bien tendance) ?
Tendance nouvelle ?
Tendance tendance ? (pitié, jamais toutes les tendances sur une même silhouette, pitié)
Tendance late ?
Just enjoy.
Je vous ai dessiné très rapidement un exemple d'application facile de la mode. Click away, darlings.